Anna Karenina, de Joe Wright

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★★★★☆

J’adore Joe Wright et j’adore ses films. J’aime beaucoup Keira Knightley et je suis la première dire que ses meilleurs rôles sont ceux « d’époque », que les robes victoriennes et compagnie ne lui vont comme à personne d’autres, et je dirais même que ceux sont les seuls rôles dans lesquels elle me convainc vraiment. Elle est à chaque fois divine, et sous la caméra de Joe Wright, c’est encore meilleur. Avec ce Anna Karenina, c’est encore la même chose.

Le film a beaucoup été critiqué mais moi j’ai adoré. D’ailleurs, je serais bien incapable de dire pourquoi il a été critiqué, car je ne lui trouve qu’un maximum de qualité. Peut-être que la réalisation est trop active, trop hyperactive même, peut-être que cette mise en scène théâtrale était de trop, ou alors simplement trop originale, mais justement c’est ça que j’ai aimé. Joe Wright nous bouscule et il se bouscule en même temps. Car quand on compare aux sublime et délicat Orgueil & Préjugés, il y une très grosse différence, même si j’ai quand même préféré ce dernier. On découvre néanmoins que Joe Wright a plusieurs flèches à son arcs. Et ce n’est pas raté.

Le casting est un sans faute. Keira Knightley nous fait du Keira Knightley mais du bon Keira Knightley, pas du Last Night ou London Boulvard, dans lesquels ses mimiques m’ont insupporté. Ici, on retrouve la Keira qui a joué dans dans Orgueil & Préjugés, avec sa sensibilité et sa délicatesse, mais elle est plus audacieuse, plus femme. Le casting est chorale, les acteurs sont tous divins, campant parfaitement son rôle. Et je pense qu’il faut signaler Jude Law qui se transforme, qui nous bouscule lui-aussi, grâce à sa prestation (la meilleure du film ? de sa carrière ?) mais aussi par son changement physique, nous habitué au beau dandy anglais qui nous fascine.

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[Roman] L’amour dure trois ans, Frederic Beigbeder

★★★☆☆

J’aurais pu et j’aurais du continuer mes livres en cours, après tout, en 8h, j’en avais largement l’occasion. 8h de train, ce n’est pas rien. Surtout quand il est impossible de s’y endormir, qu’on a pas grand chose à manger et que l’ennuie commence à montrer le bout de son nez. Les 8h de train, ouais, on les sent passer. Alors, je l’avais emporté avec moi dans mon gros sac, mes deux lectures en cours (GOT et Amore 14), mais c’est à peine si j’ai lu deux pages durant le trajet pour aller au camping où j’ai séjourné durant une semaine. En revenant, je me suis entêtée, et j’ai remis ces deux livres dans mon sac, histoire de le rendre encore plus lourd. Et comme j’aime bien les petites « presses » de gare que je trouve très mignonnes et sympathiques (ouais, allez savoir pourquoi), je me suis arrêtée à la première que j’ai vu, prête à dépenser de l’argent dans les Grazia, Glamour, Be, Studio Cine Live, Closer et Public. Sauf qu’il y avait une petite rangée bouquin, comme dans toutes les presses de gare me direz-vous, plus sympathique que la moyenne (le dernier 4 filles et un Jean par exemple, mais aussi les premiers, plus Un jour de David Nicholls etc..) et je suis tombée sur L’Amour Dure Trois Ans. Il m’a semblé assez court, faisable en 8 heures, et il avait l’air intéressant. Alors, c’était parti, 5€95, 3 arrêts, un panini aux 3 fromages, 8h de train, plus tard, j’avais fini le roman de Frederic Beigbeder. Et j’en sors plutôt conquise mais perplexe.

Je connaissais l’homme uniquement grâce à ses critiques cinématographiques dans Le Cercle sur Canal +, et grâce au succès du film éponyme qu’il a lui-même réalisé. J’ai d’ailleurs beaucoup de mal à imaginer l’animateur du Cercle écrire ce livre relatant sa vie. Et c’est certainement l’une des raisons pour lesquelles je suis perplexe face à ce livre. Mais il faut aussi dire que l’auteur a un très bon style, c’est assez flagrant. Il écrit des phrases pertinentes, qui percutent de plein fouet le lecteur,  et il y a des figures de styles (oxymores, répétitions, allitérations, comparaisons etc…) à tire-larigot, ce qui donne une impression de « trop », d’un souhait d’un bien écrire. Comme si l’auteur s’oblige à bien écrire, comme si ce n’était pas inné. Certes, n’est pas Baudelaire ou Hugo qui veut, mais ce n’est pas pour autant qu’il ne faut pas être soit, et écrire d’une manière peut-être moins esthétique, mais tout aussi puissante. Surtout qu’on passe d’un langage plutôt cru, vulgaire à des phrases très poétiques. Néanmoins c’est sans doute fait dans un but précis, créant ainsi un véritable décalage, rendant le protagoniste toujours plus complexe et paradoxale. Marc Marronnier est tellement complexe, qui n’est jamais détestable. Il est agaçant, égoïste parfois, véritablement égocentrique, mais totalement humain. On compatit toujours à sa souffrance, sa solitude, son incompréhension, son impuissance aussi. C’est un homme qui réfléchit trop, qui est triste et déçu par la vie, par l’amour. Et il se met en tête que l’amour ne dure que 3 ans. Première année de passion, deuxième année de tendresse, troisième année d’ennuie. C’est triste à dire. C’est difficile à comprendre. Et quasiment tout au long du livre, le héros – et donc l’auteur – veut essayer de nous faire accepter, ainsi qu’à lui-même, sans jamais y arriver finalement, que cet Amour tant recherché est éphémère, et qu’il ne dure pas plus que 3 ans. Mais voilà, il retombe amoureux. Et c’est encore plus douloureux, parce que l’objet de son désir, de son amour, est marié. Ils sont amants, puis il divorce, l’attend, devient L’amant, l’attend toujours, déprime, pleure, l’aime, la veut, et elle finira par être divorcer à son tour.

On ne saura jamais si l’amour d’Alice et de Marc durera plus que trois ans. On ne saura jamais si toute la thèse exposée dans ce roman est véritable. Mais ce n’est pas grave. Car ce qui est beau dans ce roman, ce que j’ai véritablement aimé, c’est le message. Peu importe si l’amour fait mal, si l’amour se termine au bout de 2, 3, 7, 10, 20, 50 ans, si l’amour ne se définit que par la fidélité, le mariage ou la passion, si l’amour déçoit. L’important, c’est d’aimer. Alors peut-être que j’ai mal compris, mais c’est vraiment le message que je retire de ce roman. Un roman que j’ai vraiment apprécié, grâce à un style délicat, mais utilisant paradoxalement un vocabulaire souvent vulgaire, grâce à un personnage tout ce qu’il y a de plus humain et émouvant, et des idées passionnantes, qui ne cesseront jamais d’intéresser tant elles sont universelles (qu’est-ce l’amour ? le mariage est-il le début de la fin ? l’adultère est-il vraiment impardonnable ? l’homme qui trompe est-il vraiment qu’un salop ?). J’ai trouvé le style fait d’un peu trop de fioritures, pourtant, j’ai été incapable de m’arrêter de lire ce roman passionnant, facile à lire grâce à des chapitres courts et explicites.